Dans l’Utopie (1516) de Thomas More, le mariage rompt l’idéal preux de l’amour courtois — où « Amour est ennemi de Raison ». Lors d’un examen public qui engage l’union, les fiancés utopiens scrutent réciproquement leurs « corps liés pour la vie » — Amour est devenu ami d’Utilité.
Durablement aliéné par des mécanismes naturalistes, moraux, lignagers, communautaires et matériels, le sentiment amoureux s’émancipe en sensibilité moderne à quoi Rousseau donne le « la » vers 1760 : l’union des cœurs est une élévation spirituelle. Avec l’idée neuve du « bonheur » selon les Lumières, l’inclination mutuelle soumet le « mariage de raison » à celui d’amour. Autour des jeux d’Éros, le libertinage fin de siècle subvertit le lien nuptial. L’amour romantique est une impasse, mais le Code civil de 1804 conjugalise l’amour bourgeois en contrat marital qui forge la sexualité licite. Vers 1930, André Breton y oppose l’amour fou du désir insatiable.
Si mai 1968 appelle à « jouir sans entrave », explosent bientôt les pratiques affectives, amoureuses et sexuelles, jadis punies ou psychiatrisées, à l’instar de l’« amour libre » ou de l’homosexualité. Or, l’« amour physique/est sans issue » pour Serge Gainsbourg, dont en 1969 le titre de sa chanson — bête noire des prudes — Je t’aime… moi non plus, pointe la surdité amoureuse.
À l’ère numérique, les algorithmes et les sites de rencontre en ligne (re)normalisent l’amour. L’altérité sentimentale et les étreintes y sont l’infini marché libéral de l’imminence, de l’immédiateté, de la connivence, du débordement des corps et des affects. Barthes y aurait peut-être vu le signe actuel de l’« extrême solitude ».
En 2026, ce nouveau « désordre amoureux » interroge. Comment en saisir les mots, les choses et les imaginaires sociaux ? Le sentimental est-il encore le lieu sensible du désir pour l’« inexprimable amour » ? Peut-on encore dire : « Je t’aime » ? Des questions parmi d’autres que posent les RIG pour leur 80e anniversaire.
Michel Porret.
Président des Rencontres internationales de Genève.
21 septembre – 18h30
Una giornata particolare
De Ettore Scola, 1977, Italie, VO ST français
23 septembre – 14h
Jules et Jim
De François Truffaut, 1962, France, VO
23 septembre – 12h30
L’esprit européen
Café de l’Histoire
22 septembre – 18h30
Wajdi MOUAWAD
Le courage de ne pas aimer
23 septembre – 18h30
Dominique EDDÉ
Le risque d’aimer
24 septembre – 18h30
Nathalie PIÉGAY
Discours sur l’amour : poèmes, fragments, romans
25 septembre – 18h30
Agnès GIARD
Les amours artificielles au Japon : le cœur a ses fictions
Une rencontre brève dans un contexte marqué par l’oppression politique et sociale. L’amour y est abordé comme une suspension fragile de l’ordre établi.
Suivie d’un dialogue avec Vincent Baudriller (directeur du Théâtre Vidy-Lausanne).
Un dialogue avec Michel Porret et Simon Roth autour de la nouvelle édition de « L’esprit européen », qui reprend les interventions des neuf conférenciers de la première session des RIG en 1946, dont Denis de Rougemont, Georg Lukacs, Georges Bernanos et Karl Jaspers.
Jim, un Français, et Jules, un Autrichien, sont des amis inséparables. Ils tombent amoureux de la même femme, Catherine, mais c’est Jules que Catherine épouse.
Suivie d’un dialogue avec Bernard Latarjet (administrateur culturel français).
Suivie d’un dialogue avec Marc Escola (professeur de littérature française).
Suivie d’un dialogue avec Michel Porret (historien et président des RIG).