Programme 2021

lundi 27.09   |   mercredi 29.09

EMBELLIE ?

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« À chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d’avenir ».
René Char, Seuls demeurent (XLIX), 1938-1944.

L’embellie est l’amélioration momentanée du temps météorologique après la bourrasque, la trombe d’eau ou le coup de vent opiniâtre. La retombée du vent accompagne l’éclaircie. Le navire attend l’embellie pour passer la barre. Est-elle d’actualité ? Aujourd’hui, l’ouragan semble perpétuel. Des États-Unis à la Méditerranée, la planète flambe. Dans le raffermissement inexorable du mal et du désordre climatique, après l’épreuve du terrorisme de masse, les milliers d’hectares de vie qui crépitent alourdissent la quatrième vague pandémique et la tragédie des réfugié·e·s que le désespoir déracine. Ce passé spectral et ce présent de la catastrophe permettront-ils de repenser l’avenir pour le sauver ?

Dans l’attente d’une embellie durable, celle plus brève des Rencontres internationales de Genève reste depuis un demi-siècle un lieu public de pensée humaniste et d’échanges intellectuels. Moins étalage d’érudition et de savoirs détachés du réel que posture collective ou individuelle de sa transformation pour un monde meilleur, la culture écrite, visuelle et plastique offre les conditions renouvelées d’embellie intime, existentielle et sociale. Entre passé et présent, le salut est là.

Or, « il y a beaucoup à faire » selon notre invité Krzysztof Warlikowski, metteur en scène polonais de théâtre et d’opéra, directeur du Nowy Teatr de Varsovie qu’il a fondé en 2008. Depuis une vingtaine d’année, élève de Krystian Lupa et ancien assistant de Peter Brook, Krzysztof Warlikowski, refonde le langage théâtral dans le prisme contemporain des cultures visuelles du cinéma et de la vidéo. Sans « papotages sur l’espoir », ancrée dans l’imaginaire social du désenchantement et de l’amnésie culturelle, son œuvre de la fulgurance et de l’inquiétude réverbère et sollicite la société contemporaine qui « triche » et qui ne « veut plus penser » alors que l’Europe est hantée par les spectres de son histoire la plus sombre (« On s’en va », entretien avec Krzysztof Warlikowski, Théâtre de Chaillot, 10 avril 2019).

Hic et nunc : il s’agit pourtant de « rester » attentif dans le travail libérateur de la pensée et de la création que prennent aussi les formes visuelles du dessin de presse selon Patrick Chappatte et de la bande dessinée selon Hélène Becquelin. Depuis la fin du XIXe siècle au moins, à l’instar des arts plastiques, de la musique, de la littérature, du théâtre, de l’opéra et du cinéma, ce langage contemporain de nos deux autres invités reste bien en prise avec le réel comme l’a montré la tragédie de Charlie Hebdo (7 janvier 2015). Entre deux embellies, dans le foisonnement universel des cultures urbaines les plus diverses et les plus cosmopolites, reste béante la « question du bien qui ne sera jamais résolue » (Alex Kahn, Et le Bien dans tout ça ?, Paris, Stock, 2021, p. 354). Avec la cité, avec nos invités, nous nous réjouissons de partager le temps vespéral d’une belle et fraternelle embellie intellectuelle.

Michel Porret.
Président des Rencontres internationales de Genève.

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Lundi 27 septembre

Carnival of souls

Projection du film

“Carnival of souls”

De Herk Harvey, 1962, États-Unis, 1h18, VO sous-titrée.

14h – ENTRÉE LIBRE / RÉSERVATION OBLIGATOIRE – CINÉMAS DU GRÜTLI, SALLE FONCTION: CINÉMA   [voir la carte]
Certificat COVID obligatoire

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Mary Henry est la seule rescapée d’un accident de la route. Peu après le drame, en route pour commencer son nouvel emploi d’organiste dans une petite église de l’Utah, elle commence à voir un mystérieux fantôme qui semble la poursuivre.

Présentation du film par Cerise Dumont (UNIGE). Diplômée d’un Master en histoire de l’art à l’Université de Genève et passionnée de cinéma, Cerise Dumont s’engage dans le ciné-club universitaire de Genève en 2015. Elle organise le cycle de films Viølences. Le nouveau cinéma danois en 2018, et collabore au festival Histoire et Cité.

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Conférence inaugurale

Allocution de Monsieur Thierry Apothéloz, Conseiller d’État chargé du département de la cohésion sociale du canton de Genève
Mot d’ouverture par Michel Porret, Président des Rencontres internationales de Genève

Conférence de Krzysztof WARLIKOWSKI

Metteur en scène polonais de théâtre et d’opéra

“Croyez-vous aux fantômes ?”

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Jacques Derrida, dans un entretien avec Pascal Ogier, associe la foi aux fantômes avec l’art et la psychanalyse. Il fait de la « fantomologie » le résultat de l’entrelacement de ces deux domaines. Je pense que l’art commence avec des fantômes. Chaque artiste entreprend son voyage à partir d’ici. D’où ma question. Parole d’un artiste local.
 
Je suis un artiste local. De l’Est d’Europe, mais de l’Est de Pologne. D’un pays au passé étrange et terrible et au triste présent. De l’endroit où il y avait des ghettos, des camps de la mort comme Auschwitz. Ensuite le stalinisme. Nous vivons dans un cimetière et l’histoire et les fantômes ne nous permettent pas d’oublier. Chez nous les fantômes peuvent aussi s’appeler dybbouks.
 
Mon parcours artistique a commencé avec la chute du communisme et l’avènement de la liberté. Artiste mature, je suis témoin du renouveau de l’autoritarisme en Pologne, de la destruction de la démocratie et de la liberté d’expression, voire de l’émergence de mouvements fascistes souvent soutenus par l’Église catholique.
Voilà le cercle de ma vie.
 
Ma « localité », comme vous le voyez, est stigmatisée, mais pour moi aussi privilégiée.
Il y a beaucoup à faire.
L’idée du Grand Tour est vite apparue dans ma tête comme une idée parallèle. Cette pratique sociale inventée au XVIIe siècle peut être d’un secours crucial pour un artiste local. Du Nord au Sud. D’Est en Ouest. De la province à la métropole.
Mais aussi du Sud au Nord, d’Ouest en Est, de la métropole à la province… !
 
« L’artiste est-il vraiment le héros explorateur qu’il prétend être, et l’applaudissons-nous toujours à juste titre chaque fois qu’il sort de la grotte avec une épée dégoulinante de sang dans une main et une tête de monstre dans l’autre ? », demande mon personnage préféré, Elizabeth Costello dans le roman éponyme du Sud-Africain John Maxwell Coetzee, prix Nobel 2003.
 
Que puis-je faire en tant qu’artiste ?
Se souvenir. Construire la mémoire. Ne pas laisser être oublié, oblitéré, effacé ou manipulé… (Seulement cela ?)
Un Grand Tour intérieur imparable. Ni départ ni retour possibles.
 
Né en Pologne en 1962, Krzysztof Warlikowski est l’un des plus éminents metteurs en scène de théâtre et d’opéra européens. En collaboration avec la scénographe Małgorzata Szczęśniak, il crée des images théâtrales exceptionnelles. À travers son processus de travail, il amène ses acteurs à atteindre les couches les plus profondes de leur créativité. Il a créé une nouvelle façon de mettre en scène Shakespeare, son œuvre contient également une interprétation subversive des tragédies grecques, mais il est aussi connu pour ses mises en scène d’auteurs modernes.
 
Figure marquante de la mise en scène d’opéra depuis plus de quinze ans, son langage théâtral explose littéralement le cadre et les conventions des plateaux lyriques. Révolutionnaire dans sa vision des oeuvres du Répertoire, que ce soient W.A. Glück, A.Berg, L. Janáček, R. Wagner ou R. Strauss, il impose une vision troublée de notre temps ; il déconstruit le discours officiel de l’Histoire avec des dibbouks effarés qui courent dans tous les sens ; il désoriente notre perception du réel et sa narration, à la fois fragmentée et cohérente, exprime le chaos d’un monde désenchanté, en perte totale de boussole.
 
Depuis 2008, il est le directeur artistique du centre culturel international Nowy Teatr à Varsovie, où il a jusqu’à présent mis en scène : (A)pollonia (2009), The End (2010), African Tales by Shakespeare (2011), Kabaret warszawski (2013), The French (2015), We Are Leaving (2018), Odyssey. Une histoire pour Hollywood (2021). Tous les spectacles ont été coproduits avec les théâtres européens les plus prestigieux. Au Nowy Teatr, Warlikowski a créé une réflexion très personnelle sur le rôle et la place du théâtre dans la société, en continuant à impliquer les spectateurs dans le débat. Son titre pour le théâtre est devenu : “Échappez au théâtre”.
 
Krzysztof Warlikowski a remporté de nombreux prix. Il a notamment été honoré par la section des critiques de théâtre de la branche polonaise de l’Institut international du théâtre pour avoir popularisé la culture théâtrale polonaise à l’étranger. En 2006, il a reçu le prestigieux prix Meyerhold à Moscou, et en avril 2008, le prix X Europe “Nouvelles réalités théâtrales” à Thessalonique, en Grèce. Il a reçu le prix “Masque d’or” pour la meilleure performance étrangère présentée en Russie en 2011 pour la production de Nowy Teatr (A)pollonia. En mai 2013, Krzysztof Warlikowski a reçu la haute distinction française de Commandeur des Arts et Lettres.
 
En juillet 2021, il reçoit le Lion d’Or pour l’ensemble de sa carrière à la Biennale de Venise.

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Regards croisés

Avec Anne Bisang (Théâtre populaire romand), Eric Eigenmann (UNIGE) et Izabella Pluta (UNIL). Modération par François Rosset (UNIL).

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Anne Bisang grandit au Japon et au Liban avant de revenir à Genève où elle intègre l’École supérieure d’art dramatique du Conservatoire. Elle choisit alors de se consacrer à la mise en scène en créant La Compagnie du Revoir et commence un compagnonnage fidèle avec plusieurs théâtres romands. Son travail artistique, après un passage par un théâtre visuel et silencieux, se fonde sur le texte et la créativité des acteurs et actrices. Convaincue de la responsabilité de l’artiste et du théâtre dans les affaires du monde, ses choix se portent vers des auteurs et autrices vivants ou des textes méconnus porteurs de problématiques humanistes, sociales et politiques. Elle a dirigé la Comédie de Genève de 1999 à 2011. En 2013, elle est nommée à la direction artistique du Théâtre populaire romand – Centre neuchâtelois des arts vivants, à La Chaux-de-Fonds. Elle a obtenu le Prix suisse du Théâtre 2018.
 

Eric Eigenmann est professeur au Département de langue et de littérature françaises modernes de l’Université de Genève, où il est responsable des études de dramaturgie et de l’atelier-théâtre. Ses recherches se situent à l’intersection de la littérature et des arts du spectacle. Auteur de La Parole empruntée. Sarraute, Pinget, Vinaver : théâtres du dialogisme (Paris, L’Arche, 1996) et de Poétique de Michel Soutter, cinéaste écrivain (Genève, Zoé, 2008), éditeur d’ouvrages collectifs (dont notamment L’Histoire dans la littérature, Droz, 2000, avec L. Adert ; Textes en performance, MetisPresses, 2006, avec A. Barras ; Avec Denis Guénoun. Hypothèses sur la politique, le théâtre, l’Europe, la philosophie, 2020, avec M. Escola et M. Rueff), il a publié des études consacrées à de nombreux auteurs dramatiques français, notamment Beckett, Koltès, Lagarce et Novarina. Intervenant à La Manufacture à Lausanne (Haute Ecole des Arts de la scène de Suisse Romande), il collabore aux activités de quelques théâtres à Genève et de la Société Suisse du Théâtre.
 

Izabella Pluta est chercheuse en arts du spectacle (doctorat en théâtre et cinéma), critique théâtral et traductrice, chercheure associée au Centre d’études théâtrales et au Laboratoire des cultures et des humanités numériques (Université de Lausanne). Elle a obtenu la bourse de recherche avancée Fernand Braudel IFER – Marie Curie Fellowships à l’Université Lyon 2 et à l’ENSATT (2013-2014). Elle est l’auteure de L’Acteur et l’intermédialité (L’Age d’homme, 2011), elle a coédité avec M. Losco-Lena un numéro spécial de la revue «Ligeia»: Théâtres Laboratoires (2015), également Metteur en scène aujourd’hui – identité artistique en question ? avec la collaboration de G. Girot (PUR, 2017) et récemment Salle d’attente de Krystian Lupa (Antipodes, 2019). Elle élabore un livre collectif de manifestes artistiques (Post) Digital Stage (à paraître en 2021, Presses universitaires de Rennes).
 

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Certificat COVID obligatoire
18h30 – ENTRÉE LIBRE / SANS INSCRIPTION – UNI DUFOUR, AUDITOIRE JEAN PIAGET   [voir la carte]

 

Mercredi 29 septembre

Brazil

Projection du film

“Brazil”

De Terry GILLIAM, 1985, Royaume-Uni, 2h12, VO sous-titrée.

14h – ENTRÉE LIBRE / RÉSERVATION OBLIGATOIRE – CINÉMAS DU GRÜTLI, SALLE FONCTION: CINÉMA   [voir la carte]
Certificat COVID obligatoire

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L’existence tranquille de Sam Lowry, bureaucrate modèle dans un monde totalitaire, se voit soudainement bouleversée suite à une erreur administrative, le poussant à se révolter progressivement contre le système.
 

Présentation du film par Cerise Dumont (UNIGE). Diplômée d’un Master en histoire de l’art à l’Université de Genève et passionnée de cinéma, Cerise Dumont s’engage dans le ciné-club universitaire de Genève en 2015. Elle organise le cycle de films Viølences. Le nouveau cinéma danois en 2018, et collabore au festival Histoire et Cité.

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Regards croisés

“Le monde imagé”

Avec Hélène Becquelin, Patrick Chappatte et Mirjana Farkas

Le dessinateur de presse Patrick Chappatte et l’auteure de bande dessinée Hélène Becquelin dialogueront avec l’illustratrice Mirjana Farkas. Ils évoqueront le dessin de presse, le reportage graphique et la bande dessinée pour évaluer les enjeux culturels, sociaux et esthétiques de cette culture visuelle qui veut donner du sens critique au monde contemporain.

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Hélène Becquelin est dessinatrice de bande dessinée et illustratrice. Elle vit et travaille à Lausanne. Graphiste de formation, elle a commencé à faire de la bande dessinée en créant son blog BD “Angry Mum” en 2006 qu’elle a adapté au format papier pour les éditions Glénat. Ses dernières parutions d’inspiration autobiographiques, Adieu les enfants et 1979 ont été publiées aux éditions Antipodes. Elle a participé à de nombreux ouvrages collectifs et présenté ses dessins et créations en laine dans des expositions individuelles et collectives en Suisse et en France. Site web: helenebecquelin.ch
 

Patrick Chappatte dessine pour les journaux suisses Le Temps de Genève et Neue Zürcher Zeitung. Il collabore également au Canard Enchaîné en France, au magazine Der Spiegel en Allemagne, et au Boston Globe aux Etats-Unis. Pendant près de 20 ans, il a été le dessinateur de presse attitré de l’International Herald Tribune et du New York Times, jusqu’à la décision de ce dernier de renoncer à publier des caricatures en 2019. Chappatte est aussi un pionnier du reportage en bande dessinée, avec plus de trente reportages publiés, depuis les bidonvilles de Nairobi aux gangs au Guatemala, en passant par les couloirs de la mort américains.
Il organise depuis une quinzaine d’années, avec l’aide des affaires étrangères suisses, des projets “Plumes croisées” dans le monde entier, pour favoriser un dialogue sur les droits de l’homme par le dessin. Chappatte préside la Freedom Cartoonists Foundation à Genève. Site web: chappatte.com
 

Après un Master en Histoire à l’Université de Genève, Mirjana Farkas suit la formation en illustration de l’Escola Massana de Barcelone. Elle mène en parallèle son activité d’illustratrice indépendante et des engagements dans les champs de la recherche académique, de l’enseignement et de la médiation culturelle. Depuis 2020, elle est adjointe scientifique en charge de la collection des affiches à la Bibliothèque de Genève.

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18h30 / ouverture des portes à 18h – ENTRÉE LIBRE / SANS INSCRIPTION – UNI DUFOUR, AUDITOIRE JEAN PIAGET  [voir la carte]
Certificat COVID obligatoire

 

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